Howlin'
Wolf

Howlin' Wolf

Un bruit insistant de scie mécanique en forme de voix humaine découpe l'air ambiant et de temps en temps, en guise de repos pour votre système auditif, une nappe sonore sursautante, vivace et imprévisible, apparemment issue d'une guitare électrique, se met en avant : cette musique n'est pas pour les nourrissons. La première fois que je l'ai entendue, je me suis demandé pourquoi j'avais pensé jusqu'ici que les Who fournissaient la musique la plus sauvage et la plus insolente que l'on pouvait imaginer. Dés 1945, de retour de la guerre, Chester Burnett, chanteur, harmoniciste et guitariste, s'installe à Memphis, Tennessee, forme son orchestre et met le feu au studio Sun (c'est une image, d'ailleurs ça ne s'appelait pas encore le studio Sun).

Créé par Sam Phillips, le studio Sun à Memphis, U.S.A., va enregistrer en moins de dix ans une énorme part de la musique de blues, de rythm and blues, ou de rock and roll, que les amateurs considèrent comme essentielle à l'histoire de la musique populaire américaine...

Avant de découvrir et de céder Presley pour une poignée de pop-corn, Phillips avait en effet entrepris de puiser dans les nombreux talents musicaux de Memphis et d'enregistrer quantité d'artistes pour qui ce fut du coup la toute première occasion de se faire connaître ailleurs. Phillips a témoigné dans un film sur Wolf ("The Howlin' Wolf Story", de Don Mc Glynn, disponible en dvd), que Wolf était le plus grand artiste qu'il ait jamais rencontré, ce qui n'est pas étonnant à l'intérieur d'un film en hommage à l'artiste en question, mais l'homme semble sincère (dans les nombreux reportages filmés dans lesquels il apparaît, il se montre toujours glacial, bien que disert, dans ses commentaires sur l'époque et les personnes).

Publicité pour un succès du Wolf : Oh, Red Après avoir donné toute sa mesure avec le roi de la guitare saturée Willie Johnson (responsable de l'insolente et turbulente nappe sonore citée en ouverture de ce texte), Wolf émigre, un peu enrichi lui, vers la deuxième étape naturelle de l'exode rural vers le nord habituel aux populations noires pauvres durant ces années : Chicago, où l'appelent les frères Chess, dirigeants du label du même nom, qui achetaient jusque là ses enregistrements à Phillips, et qui veulent maintenant le signer en direct.

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Wolf est confié au producteur Willie Dixon, qui affine la masse grossière du son Memphis (qui reste mon préféré) en lui adjoignant le guitariste Hubert Sumlin. Ceci dit, Wolf ne se transforme pas en chanteur de variétés, il conserve sa hargne et son harmonica. Les solos de Sumlin ne sont simplement pas saturés, et sont plus découpés que ceux de Johnson.

Je n'ai jamais entendu plus osé, par rapport à la convention du chant, que ces phrases que Wolf attaque sur un timbre voilé pour les achever sur un timbre carrément sonore : écoutez à ce sujet "Color And Kind" et le traitement génial qu'il fait subir à la phrase "You're just my color and you're just my kind". Il réserve ce traitement curieux et violent à quelques chansons de la période Sun (par exemple à la fin de "My Last Affair"), insolence musicale complice de celle de la guitare de Johnson.

Timbre édité en l'honneur de Howlin' Wolf Wolf est le chanteur de rythm and blues le plus nerveux, le plus violent, le plus dynamique. Dans les blues lents, il est sensuel et chaleureux. Sa conviction et son dynamisme sont stupéfiants : les rares documents filmés montrent un artiste qui crée réellement le contact avec le spectateur, secouant de l'index pour appuyer son discours, lançant un regard interrogatif soit inquiet soit rigolard, allant jusqu'au délire et à la folie en faisant mine de dévorer son harmonica ou le manche de sa guitare. Il se déhanche furieusement (mais avec une souplesse quasi "féminine"!) quand il lui prend de danser (comme dans une émission de tv où il est invité par les Rolling Stones en 1965).

Les documents filmiques se décomptent rapidement, hélas : "The Howlin' Wolf Story" montre quelques sessions décapantes de 1966 dans lesquelles le bluesman Son House un peu alcoolisé, joue au chef d'orchestre officieux (s'ensuit une altercation avec Wolf pour un grief remontant à quelques années auparavant!), l'émission de t.v. "Shindig" en 1965 (citée ci-dessus) consacrée aux Rolling Stones qui demandèrent sa présence, unique apparition de Wolf à la t.v. américaine, et six chansons filmées dans le cadre de L'American Folk Blues Festival en 64, et éditées heureusement récemment en dvd.

Image de la galette originale d'un disque Chess Ma discographie partielle et incomplète comprend "Memphis Days, The Definitive Edition volume 1" (le volume 2 reprend un peu trop de versions alternatives de chansons du 1), et la compilation "Blues Encore" qui fournit en plus d'un large extrait des années Memphis, une belle part de l'album "The London Sessions" de 1970, où il est accompagné par de jeunes admirateurs anglais dont Clapton (les compilations "Blues Encore" sont chez les soldeurs et ne proposent que du nanan!). La période Chess est proposée sous plein d'habillages et de labels différents (doublés assurés dans votre discothèque!) : il faut donc se référer aux années postérieures à 54 ou à la présence de Sumlin ou Dixon, quand elles sont indiquées. "The Howlin' Wolf Chess Box" peut se trouver d'occasion et est un bon choix puisque ce coffret de trois disques en comprend un de la période Memphis-Sun, ce qui est logique puisque Chess les acheta à Sun (voir plus haut). (14 septembre 2007).

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