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John
Lee Hooker

Je me souviens d'avoir entendu il y a quelques années, à la tv, deux interviews à la suite : une d'une jeune chanteuse à succès et l'autre de John Lee Hooker. Les deux répondaient à la question "Etes-vous heureux d'être célèbre?". La première répondit "Non. Je n'ai aucun goût pour la célébrité. Ce n'est pas pour ça que je fais ce métier. Ce qui me pousse à chanter, c'est de pouvoir partager des émotions avec le public, c'est (...)", mais étant donné que vous êtes déjà en train de baîller d'ennui, voici la réponse de la deuxième personne, "Hook" : "Oui. Je suis trés heureux d'être célèbre. Je suis content de savoir qu'après ma mort, les gens continueront à parler de moi, et à acheter mes disques". J'ai toujours respecté les gens qui affirment être heureux de leur sort, et aussi, qui ne me prennent pas pour un imbécile en me faisant le cinéma de l'humilité, faut-il ajouter.

L'American Folk Blues Festival est souvent cité dans ce site, mais ce n'est pas de ma faute si cet évènement a été le grand révélateur du blues pour les jeunots des 70 intoxiqués par les Rolling Stones et les Them, en les aidant à faire connaissance avec les maîtres de ceux-ci. John Lee Hooker fit partie de la première tournée en 1962, en compagnie, entre autres, de Willie Dixon : survint alors la bombe qui allait bousculer et enthousiasmer le monde jeune du rock et de la musique de danse, à savoir un boogie improvisé par Hooker à l'occasion de la tournée : "Shake It Baby".

pochette du disque du disque Travelin'
Cette petite chanson simplissime, aux paroles qui découragent l'exégèse littéraire (en français : "Secoue-le chérie", pour le premier prix de poésie, c'était trop tard) réconcilia parents et enfants en ce qui concerne de danser le rock'n roll pour les premiers, et le jerk pour les deuxièmes : en tout cas, que ce soit l'un ou l'autre, ils se secouèrent tous comme des nudistes sur un nid géant de fourmis rouges, dés les premières notes de ce fameux boogie qui chauffait à blanc!
Je me réconciliai avec mes parents.

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Une fois enregistrée dans mon esprit, l'empreinte sonore de la voix de Hooker y resta à jamais évidemment, mais avec chaleur et affection, et évidence. Cette voix m'appartenait, et personne au monde n'était capable aussi bien que moi, d'en apprécier toute la texture. Je suppose que c'est l'impression qu'elle produit à tous, mais compte tenu de celà, c'est quand même moi qui la ressens le mieux, je le dis objectivement...

Par ailleurs, le disque 33t sur lequel je découvris le fameux boogie du diable, montrait deux autres voies possibles pour découvrir la musique de Hook : un rock lent électrisant, "Let's Make It Baby", et un chef d'oeuvre de sensualité insistante : "The Right Time" (dont Ray Charles avait donné une version totalement différente, et magistrale aussi).

Dans "Let's Make It...", ce son de guitare, comme la voix, ne me quitta plus : il est quand même important de préciser que ce son sans résonance prolongée, aux envolées pourtant déjà courtes souvent achevées par un trés bref glissando vers les graves, n'existe pas ailleurs comme si, par respect, personne n'osait l'imiter. Dans "The Right Time", je découvris ce dont Van Morrison faisait l'exégèse dans le film "One Irish Rover" (de Anthony Wall, en 1991) : la répétition, l'insistance, le fait de recreuser le même sillon avec obstination et patience :

"Hooker était différent de tous les chanteurs de blues que j'avais jamais entendu, par la manière qu'il avait de répéter un bout de phrase qu'il répétait et continuait à répéter, pourtant, vous ne vous en lassiez pas, c'était plutôt l'impression d'une complainte"

Après être sorti du delta du Mississipi, il se retrouva à Detroit vers la fin des années 40 pour rencontrer le succès dans les bars de la ville avec parfois déjà des boogies à faire danser les morts, guitare électrique à l'appui, extraordinairement violents, secs, nerveux (écoutez par exemple "Stomp Boogie").

pochette du disque du disque The Big Soul Il devint célèbre et s'installa dans cette célébrité en signant chez le label Vee-Jay (un coffret de 6 cd a sauvegardé toute la période). Comme beaucoup, il connut plus tard un passage à vide avec le désintérêt du public noir pour le blues dans la fin des années 50, mais heureusement, comme pour beaucoup, les jeunes étudiants blancs allaient tout d'un coup s'engouer pour la folk-music et faire la fortune des bluesmen noirs qui abandonnèrent du coup leur guitare électrique, se séparant de batteur et bassiste, empoignant la guitare sèche pour affronter les clubs ou les festivals pour jeunes avec opportunisme mais avec talent (comme en témoigne l'album "That's My Story", par exemple). C'est à partir du succès européen de l'American Folk Blues Festival en 62, suivi logiquement de l'intérêt de jeunes orchestres rock britanniques pour le blues (Rolling Stones ou Animals), en enchaînant ensuite avec la mode de la pop-music, que, aux U.S.A. comme en Europe, Hooker put resaisir la guitare électrique et retrouver des orchestres (parfois constitués de jeunes admirateurs fous de joie de vivre cet honneur, tel Canned Heat) et séduire un public nettement plus jeune, plus blanc et plus chevelu que lui et surtout, commencer enfin à gagner beaucoup d'argent! Il commet la performance de revenir en force en 1989, après un creux de vague relatif. En effet, l'album "The Healer" crève le plafond : la vieillesse du Hook sera confortable, l'évènement étant suivi de deux autres albums. Il meurt tranquillement en 2001, heureux d'être célèbre et de savoir qu'on continuera à parler de lui après sa mort.

pochette du disque du disque Concert At Newport Mon palmarès réduit comprend trois chefs-d'oeuvre "It Serve You Right To Suffer", chez Impulse, le label du free-jazz, "The Complete Chess Folk Blues Sessions" chez MCA, et "That's My Story/The Folk Blues Of JLH" plein de blues lents fascinants (de ceux auxquels Morrison faisait allusion) chez le fameux label Ace, datant tous des années 60. J'ajoute par regret tardif les débuts dynamités de Hook avec "Don't You Remember Me" (contient l'extraordaire "Stomp Boogie", cité plus haut et le fameux "Boogie Chillen", son premier succès), chez Charly.

Attention! Les acquisitions de disques de Hooker mènent à des doublés de discothèque énervants, les mélanges ayant été furieusement pratiqués par les marchands de musique (ils ne s'appelent pas tous Ace ou Delmark) et certaines compilations sont innommables : l'une des plus catastrophiques présente des chansons qu'il a dû jouer seul, sur lesquelles a dû se plaquer un orchestre de studio anonyme dans les deux sens du terme, accompagnant une bande magnétique (c'est une hypothèse)! (14 septembre 2007).

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