Deborah
Coleman

Deborah Coleman

J'ai été heureux de découvrir récemment Deborah Coleman, car elle a quelques énormes qualités qui manquent à beaucoup des bluesmen jusqu'ici présentés sur le site : c'est une femme, elle est belle, elle est bien vivante et en pleine forme. J'adore ce type de voix à la Albert King, qui se met toujours en retrait par rapport à la partie instrumentale, ce qui est plutôt un bon choix, car chez ces deux artistes, leur voix n'est pas un atout extrêmement personnel : certaines grandes voix du blues sont définitivement singulières comme celles de JB Lenoir ou de Josh White. Chez ces chanteurs, l'apport vocal est plus proche d'une conception classique, occidentale, du chant.

Chez Coleman, la voix n'est pas personnelle, elle n'est qu'un outil neutre et en retrait, qui me rappele la façon dont un professeur de lettres disait de la façon convenable de réciter une poésie : avec le moins d'inflexions possibles, ou de la façon la plus neutre, puisque la neutralité de ton est supposée laisser plus de place à la force du texte. De la même manière, ici, la voix laisse toute la place à la musique, c'est ma conception favorite du chant en blues, et j'admire pourtant White et Lenoir!

Dans l'un de ses meilleurs disques, "Stop the game", l'amateur peut se laisser emporter dans des ballades guitaristiques planantes, qu'il voudrait ne jamais finir. La guitare est mise en valeur pour un régal de notes chaleureuses et enveloppantes, comme dans "Motor City II".

Quand la voix intervient, c'est réellement juste pour un relai temporaire, une façon de préparer le retour de la partie instrumentale, du solo de guitare présenté, attendu comme un roi.

Notez par exemple comment se déroule "Everlastin' Tears" : une intro de guitare, deux couplets chantés, un premier solo, un troisième couplet chanté, puis un deuxième solo, enfin au moment où après un riff qui eût pu annoncer le retour de la voix pour un quatrième et dernier couplet chanté (comme on l'attendrait dans une facture plus conventionnelle), Coleman remet le couvert pour un troisième solo qui se livre à de jolies variations sur le précédent jusqu'au final, jouissif! Les parties jouées étant plus étendues en durée que les parties chantées, ce sont bien celles-là que l'artiste veut privilégier.

Pochette du cd Coleman est née en 56 dans une famille d'amateurs de musique, ses parents étaient militaires, et ses premières amours musicales furent les Yardbirds et Cream. Découvrir Jimi Hendrix la poussa à laisser tomber la basse pour la guitare solo. En 77, elle découvrit enfin des représentants de ceux qui étaient à la source des artistes qu'elle admirait jusque là, c'est à dire, lors du même concert, excusez du peu : Howlin' Wolf, Muddy Waters et John Lee Hooker! "Je n'oublierai jamais ce concert" (nous non plus, si on avait été là) "Ca m'a fait voir le chemin de mes racines!". Le fait d'être noire de peau n'avait pas donné à sa découverte du blues un chemin différent de celui qu'aurait pu connaître dans les mêmes années un jeune blanc de peau, fût-il américain ou européen...

Après avoir connu les joies du travail régulier, comme ouvrière électricienne (on ne se refait pas!) Deborah se lance dans la guitare électrique, et pour toujours, en 93, lors d'un concert de découverte de talents, où elle se fait accompagner par son frère et un ami à lui, amateurs dévoués de heavy metal, après une semaine de répétition!Elle gagne le succès, la confiance en soi et le désir définitif de vivre de sa musique. Elle a sorti huit disques depuis 97, dont l'excellent et récent "Stop the game" (JSP), mais il convient de retourner à ses débuts avec par exemple, "I Can't Lose", chez Blind Pig. (22 mai 2008). Deborah Coleman en concert (photo : Lukasz Rak, rawablues.com)

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